https://ecoledynamiqueparis.wordpress.com/2016/01/29/etre-parent-et-staff-dans-une-ecole-democratique-de-type-sudbury/

Beaucoup de porteurs de projet d’école que j’ai rencontré m’ont posé la question, étant parents eux-mêmes. Moi même je me suis posée très rapidement la question au début du projet : « est-il possible d’être à la fois staff et parent d’élève ? ». Au début j’étais persuadée que non !

Du coup, je trouve intéressant de développer la question par ici.

Elle ne concerne pas tous les parents intéressés par notre philosophie, certes, mais elle recoupe un autre questionnement important : est-il possible de transposer cette philosophie à la maison ?

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Je commencerai donc par la 1ère question : peut-on être staff et parent dans une école démocratique de type Sudbury, dont la principale ligne de conduite c’est le lâcher prise sur les occupations (et donc apprentissages) de l’enfant ?

Oui, c’est possible, mais je vous préviens : c’est pas simple, avec ce cerveau divisé en 2 (staff-théorie/parent-affect).

(comme ça c’est dit).

Avant l’ouverture de l’Ecole Dynamique j’étais très sceptique, jusqu’à ce que je découvre que la majeure partie des staffs des écoles Sudbury sont des parents (soit comme (co-)fondateurs de l’école, soit comme parents d’élève devenus staffs). Ok, c’est possible, mais comment on fait, au quotidien ?

Faut-il porter 2 tabliers ?

Oui et non.

Oui, car on est staff, et que la philosophie de l’école est de lâcher prise sur notre volonté de contrôler les activités et apprentissages de l’enfant. De tous les enfants. Même les nôtres. Nous devons donc nous détacher de nos enfants et les voir comme des « membres » de l’école comme les autres. Ce qui implique par commencer d’arrêter de les appeler « mes enfants » et d’utiliser leur prénom à la place. Et de demander à tous les membres de l’école de ne pas les appeler « ton fils/ta fille » mais bien par leur prénom également. Ca implique aussi de systématiquement se demander avant d’intervenir : « est-ce que je dirais ça si ce n’était pas mon enfant ? ». Dans beaucoup de cas, je m’entends répondre dans ma tête « non, pas vraiment », donc je passe beaucoup de temps à me reprendre intérieurement. Mais j’ai confiance et je suis sure que ça me passera doucement mais surement😉

J’ai aussi dit au reste de l’équipe que je préférais me « retirer » de toute altercation/incident qui concernait mes enfants pour le moment…

Non, car l’école est avant tout un lieu de vie, qu’on y vient avec ce qu’on a et ce qu’on est. Et comment nier que nous sommes parent ? Alors oui, forcément, on est aussi là en tant que parent, et c’est tant mieux. C’est un beau bout de chemin à partager avec son enfant.

Quant à la question « et si l’enfant n’a pas envie d’être avec son parent ?? », je ne peux pas y répondre, puisque les miens sont carrément contents de m’avoir auprès d’eux… Ils me le disent et j’ai droit à beauuuuuuuucoup de câlins à l’école. Même de la part de mon fils de 10 ans, ce qui est une très belle preuve que notre école est un lieu où l’on peut être ce que l’on est en toute confiance (je ne suis pas sure que dans une école classique, ou toute autre structure où règne la toute-puissance du paraître et de la moquerie, un garçon de 10 ans oserait faire des bisous et câlins à sa môman-adorée devant les autres ?).

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Je pourrais dire beaucoup de choses encore, mais je vous laisse le plaisir de découvrir tout ça quand vous aurez créé votre école, pour ceux qui sont en cours de route😉. Je vais juste évoquer un autre aspect important : si vous êtes du genre (comme moi) à avoir besoin de (beaucoup de) temps « non parent », pour cogiter par exemple, attendez-vous forcément à rencontrer quelques difficultés… Ce qui fait la transition avec la suite de cet article, ci-dessous :

Concernant la 2nde question : peut-on transposer le modèle Sudbury à la maison ? (surtout quand on est staff dans une école), elle fera l’objet d’un prochain article.., parce que je n’ai pas pu encore affiner ma réflexion jusqu’au bout, et parce qu’elle-même soulève un autre questionnement et une autre réflexion bien, bien, bien plus profonde encore : qu’est-ce que c’est, au fond, que ce modèle de famille nucléaire* que la société nous a vendu comme le modèle parfait, l’unique ?

Je ne sais pas si vous allez voir le lien qui a pu se former dans ma petite tête entre la question de « Sudbury à la maison » et celle de la famille nucléaire (et en lien avec ma réflexion sur la disparition du temps « non parent » quand on est staff ET parent d’élève), mais plus je tente de répondre à la question, plus mon esprit s’égare dans les méandres d’une remise en question profonde des bases de notre modèle culturel de structure familiale…

La philosophie Sudbury implique la notion de communauté vivante, de lieu de vie.

Mais la famille nucléaire telle que nous la connaissons, qui est finalement un milieu très fermé, très exclusif, peut-elle être un vrai « lieu de vie » épanouissant, enrichissant, responsabilisant, bienveillant (au sens où on l’a décrit jusqu’ici sur ce blog, un vrai et profond sens des responsabilités) et créateur d’une vraie confiance en soi pour l’enfant ?